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HOM NGUYEN : le portrait d’un artiste autodidacte

Hom Nguyen est un génie de la peinture qui vous laisse sans voix. Reconnaissable avec son trait dynamique et instinctif, il est le père d’une technique où la liberté gestuelle s’apparente à du street art. Son art, à la croisée des chemins du figuratif et de l’abstrait, est une invitation à plonger dans les profondeurs de l’âme.

Artiste français d’origine vietnamienne, Hom Nguyen questionne en permanence ses origines. Son parcours est atypique : de vendeur de chaussures à artisan, en passant par de nombreuses collaborations artistiques, Hom Nguyen est aujourd’hui un peintre qui compte. De sa présence à la foire d’art contemporain « Art Paris Art Fair » au Grand Palais, à sa série « Sans Repères » au Palais de Tokyo en passant par son exposition personnelle « Le combat du siècle », son travail est en constante évolution.

Actuellement exposé à la A2Z Art Gallery, Hom Nguyen présente une nouvelle série de portraits intitulée « Inner Cry ». Un titre résumant bien le lâcher prise qui se dégage des toiles où les enfants laissent sortir leur cri intérieur. Du noir et blanc à la couleur, tous ces portraits manifestent une émotion vive. D’origine principalement asiatique, ces visages questionnent l’immigration, la parole, l’intégration… Autant de sujets qui font écho à notre actualité.

J’ai particulièrement apprécié la double lecture que l’on peut retrouver dans les portraits exposés. Au premier regard, la peinture semble très abstraite. Il est d’abord difficile de distinguer visages, mains et corps. Puis les contours se dessinent progressivement. Ce jeu avec les ombres nous oblige à prendre notre temps, à comprendre et à se questionner. Cette interactivité naturelle omniprésente est d’autant plus forte qu’imposée pour bien apprécier les portraits.

J’ai eu la chance d’interviewer Hom Nguyen il y a quelques semaines, juste avant l’ouverture de son exposition « Inner Cry » à la A2Z Art Gallery. Une belle occasion de lui poser quelques questions sur son parcours, sa technique, ses inspirations et ses projets !

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Bonjour Hom. Merci de m’accorder un peu de temps à quelques jours du vernissage de ton exposition. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours atypique ?

Le dessin je l’avais déjà. L’aspect illustration, je l’avais aussi. J’ai cette culture depuis que je suis tout petit. Je dessine des portraits depuis que j’ai 5 ou 6 ans. C’était presque un automatisme, je ne savais faire que ça. Je faisais des portraits mais aussi des paysages.
J’ai commencé jeune à travailler dans un magasin de chaussures car on n’avait pas d’argent. A l’âge de deux ou trois ans, ma mère est devenue paraplégique. Je me suis très vite rendu compte que je n’étais pas comme les autres enfants. Je n’ai pas fait d’études, j’ai rapidement travaillé dans un magasin de vêtements car c’était le travail le plus facile à avoir.

Comment es-tu passé de la patine du cuir à l’artisanat d’art ?

Dans le magasin, je vendais et cirais des chaussures. Et très vite en utilisant des produits de coloration, je me suis lancé dans la patine du cuir. Puis je me suis mis à dessiner sur les chaussures, ce qui m’a permis d’en vivre. Cela a engendré un mini buzz et j’ai commencé à me faire connaître. Il y avait même de l’attente et je ne pouvais pas répondre à tout le monde. Je me suis donc installé en auto-entrepreneur et au bout de 6 ou 7 mois cela a pris une ampleur incroyable. J’avais créé sans m’en rendre compte, non pas un métier mais un nom.

Vu le succès, pourquoi ne pas avoir continué en créant ta propre entreprise de customisation de chaussures ?

Je n’étais plus dans la recherche financière et je ne souhaitais pas développer mon entreprise en embauchant plusieurs salariés. La transition s’est faite un peu plus tard, notamment le jour où j’ai rencontré un designer français qui m’a proposé une collaboration artistique. Il vend ensuite sa maison avec l’ensemble du mobilier dont un canapé que j’avais customisé. C’est ainsi qu’en 2004, j’ai commencé à me faire connaître. Et puis tout s’est accéléré, notamment grâce aux recherches via internet. A ce moment là, je me suis prouvé que j’étais capable de peindre pour moi.

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Tu es très présent sur les réseaux sociaux, ont-ils eu un rôle dans le lancement de ta carrière ?

Plus efficace que les médias, les réseaux sociaux m’ont beaucoup aidé. La viralité est tellement importante sur des plateformes comme Instagram que le numérique offre une visibilité considérable. On peut dire qu’aujourd’hui je commence à être reconnu dans ce que je fais.

On t’associe très souvent au street art. Je me suis d’ailleurs demandée si tu n’étais pas street artiste ?

Très souvent on m’associe au street art et on me demande de réaliser des fresques. Mais je suis un peintre, même si ça ne veut pas dire grand chose parce qu’un street artiste est aussi un peintre. Il est certain que le mouvement dans mon travail peut s’apparenter à du street art. Dès qu’on voit du stylo, du Posca, de l’encre, les gens pensent que c’est du tag et qu’il y a un rapport avec la rue.

As-tu une technique préférée entre le fusain, le stylo et le pastel ?

J’adore la peinture à l’huile car c’est très compliqué. J’aime également le fusain car c’est la base de la peinture, le peintre réalisant toujours ses esquisses au fusain. Quant au stylo c’est un délire ! J’ai commencé à dessiner avec de la pierre noire, puis j’ai utilisé des pastels et enfin des stylos très fins.

As-tu déjà réalisé des grands formats au stylo ?

Oui, c’est une variante dans laquelle il y a quand même de l’acharnement. Je suis toujours scotché sur les traits que j’approfondis ensuite. C’est comme la peinture, je vais marquer jusqu’à temps d’obtenir une forme, une espèce de force, d’ombre pour donner des contrastes. C’est ce que je fais d’ailleurs dans mes dessins et c’est ce qui crée le visage. Les ombres donnent la forme aux portraits. Au premier regard, on a l’impression d’avoir juste des traits et quand on regarde d’un peu plus loin, on voit réellement un visage.

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As-tu un modèle pour réaliser les portraits ?

Pour les personnalités oui mais parfois c’est juste dans ma tête, c’est mental. Je vais dessiner un visage mais je ne sais pas forcement d’où il sort. Au fil du dessin, je commence à créer un regard et je ne vais pas gommer le trait. Moins j’appuie dessus et plus je le gomme alors qu’en le marquant, je suis certain de faire ce trait là. L’ombre elle va marquer. C’est très simple, il ne faut pas trop forcer pour que le geste reste fluide.

En moyenne, il te faut combien de temps pour réaliser un portrait ?

En peinture, je peux passer un an, un mois ou deux semaines sur une même toile. J’ai mis 5 ans pour acquérir la technique que j’utilise aujourd’hui. Au début, je testais des choses mais je n’y arrivais pas. L’évolution elle se fait naturellement. Finalement, ce n’est pas nécessairement la technique ni l’originalité qui fait la différence mais plus ce qui se dégage des toiles.

Tes origines vietnamiennes ont-elles influencé ton travail ? 

Aujourd’hui oui ! Je ne peins pratiquement que des personnes asiatiques tels que les grands-mères, des adolescents et des jeunes enfants. A travers mes différents portraits on peut deviner des traits de visages typiquement africains ou asiatiques mais je ne pense pas européens. Je ne suis pas forcément un pro-asie mais je ressens plus d’émotion devant le portrait d’une personne asiatique qu’européenne. Du fait de mes origines, l’histoire de mon pays me touche beaucoup et bon nombre de mes projets sont en rapport direct ou indirect avec l’Asie.

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Ce rapport on le perçoit dans ton exposition « Inner Cry ». Pourquoi avoir choisi de peindre des visages sans bouches ?

Un jour j’ai dessiné un visage et je n’ai pas mis de bouche. Il est vrai que ma mère ne parlait pas du tout le français à son arrivée en France et que l’on communiquait essentiellement à travers le regard. Pour moi les bouches ne sont pas forcément importantes et peuvent même être source de distance entre les gens. J’ai voulu donner plus d’expression au regard comme un masque où, en général, se détachent deux yeux, le front et parfois les oreilles. J’ai réalisé une série de portraits sans bouche pour une exposition personnelle et une autre au Palais de Tokyo, les retours ont été fantastiques !

En parlant d’enfants, peux-tu nous en dire un peu plus sur ton projet avec l’hôpital de la Salpêtrière ? 

Je participe effectivement à des ateliers avec des enfants du département psychiatrique de l’unité du professeur Cohen à la Salpêtrière. Je souhaite pouvoir à terme exposer leurs oeuvres dans un lieu culturel parisien. J’espère que vous serez nombreux à venir les voir !

Si tu devais définir ton univers en quelques mots ? 

« L’humain », « Le voyage », « Un sens politique » sûrement. L’histoire des « bouches » a aussi un lien avec l’exode. Je n’ai pas de contact direct avec la politique mais l’intégration est un sujet qui me parle.

As-tu une oeuvre dont tu es le plus fier ? Une qui t’a le plus touché ? 

De manière générale, je ne suis pas un grand fan de mes oeuvres…
Je n’en ai pas. Elle est peut-être à venir !

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Quels artistes (tous univers confondus) t’inspirent le plus en ce moment ?

En musique, j’aime beaucoup Stromae pour ses textes. J’aime également Pharell, un artiste très contemporain et dans l’ère du temps. J’apprécie Gainsbourg et Brel aussi. J’aime beaucoup la variété française. Pas forcement que le hip-hop !

Si tu avais un artiste peintre actuel à recommander ? 

J’en ai plein. Si je devais en choisir un ça serait Huang Yong Ping et son squelette de serpent géant qui a été exposé au Grand Palais à l’occasion de Monumenta 2016. J’adore cette oeuvre surdimensionnée qui raconte une histoire. J’aime la modestie de cet artiste. Je conseille de le suivre de très près même s’il est déjà très connu.

Infos pratiques :
A2Z Art Gallery
Jusqu’au 22 octobre 2016
Entrée Libre
24 rue de l’Echaudé
75006 Paris
www.a2z-art.com

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